OGM- nouveau service

Deux réactions très intéressantes à mon post anti-à-peu-près.

Plusieurs points à discuter brièvement, un qui est commun entre So-Ann et Nicolas Thierry. Les deux semblent choqués par le fait que je déplore le manque des connaissance de ceux qui critiquent les OGM, y compris jusqu’à les traiter d’ignorants. Je reprends ici la citation de Dawkins et Krauss que j’ai posté sur dloale il y a quelques jours (justement pour l’avoir sous la main):

Dawkins: […] Ignorance is no crime. To call somebody ignorant is no insult. All of us are ignorant of most of what there is to know. I am completely ignorant of baseball, and I dare say that you are as completely ignorant of cricket. If I tell somebody who believes the world is 6,000 years old that he is ignorant, I am paying him the compliment of assuming that he is not stupid, insane or wicked.

Krauss: I have to say that I agree completely with you about this. To me, ignorance is often the problem, and, happily, ignorance is most easily addressed. It is not pejorative to suggest that someone is ignorant if they misunderstand scientific issues.

Aisement transposable et je souligne la dernière phrase de Krauss : « It is not pejorative to suggest that someone is ignorant if they misunderstand scientific issues. » Opinion à la quelle j’adhère pleinement. Et je ne vous cacherai pas mon ignorance totale et du baseball et du cricket !

Si l’un ou l’autre de mes interlocuteurs choisi de camper sur son ignorance je ne peux que le déplorer, mais je ne pourrai pas dans ce cas respecter son attitude ou continuer la discussion.

En passant, je n’ai pas dit que « le peuple ne comprends rien », mais « la majorité des gens ne comprennent rien », je n’ai pas l’habitude de considérer le peuple comme interlocuteur potentiel, je ne fais pas de la politique. Et si j’ai envie de dire que quelqu’un est con je ne le laisse pas sous-entendre, je le dis clairement; on ne peut se fier aux cons pour qu’ils saisissent des subtilités de langage, non ?


Ceci étant dit, en réponse à So-Ann :

Il est évident que je camperai à ma position, mais ne va pas croire que cette position est celle d’un pro-OGM inconditionnel. C’est la position rationnelle que je préserve. S’il y a évidence que tel ou tel OGM particulier est dangereux je serai immédiatement contre son utilisation. Mais en tant que rationaliste j’ai besoin d’évidence. Par exemple, je suis opposé à l’utilisation d’une catégorie particulière d’OGM, les PGM, pour pathogènes génétiquement modifiés (GMPs por les anglophones), utilisés en tant qu’armes, pas en tant qu’outils pour la thérapie génique.

Je ne vois pas pourquoi changer la définition des mots ou utiliser des périphrases pour éviter « conservateur », « réactionnaire », « eugénisme » ou « OGM ». Les écologistes sont des conservateurs prônant la conservation de la biosphère au plus près de son état sinon pas actuel au moins à celui d’un hier qui leur paraît préférable, des réactionnaires qui réagissent de façon qui me semble irrationnelle face aux OGM. Quelqu’un qui accepte l’avortement des trisomiques est un eugéniste et les patients ayant reçu un traitement génique des OGM. Rester précis à ce que l’on dit a le mérite de s’obliger de considérer sa position sans se cacher derrière des périphrases.

Les OGM sont apparus en tant qu’outils de recherche. Puis, leur potentiel est apparu : accélérer le processus d’obtention de variants habituellement obtenus par hybridation (avec ou sans mutagenèse préalable). Qu’il s’agisse de microbes, plantes ou animaux. On polarise souvent aux plantes en oubliant le reste : les animaux transgéniques pour les études en laboratoire ou avec l’espoir qu’il serviront comme réservoir d’organes pour les transplantations, ou les microbes (il paraît que dire micro-organismes fait plus clean) pour les processus industriels, ou les plantes-médicaments contre la mucoviscidose, pour la vaccination ou les apports nutritionnels pour des populations qui meurent de carences vitaminiques. Ca permet à So-Ann de dire : « Quant aux OGM, il me semble qu’ils ne sont pas apparus pour guérir quoi que ce soit, mais bien plutôt pour tuer… ». Eh bien So-Ann, il te semble mal et je mets ça sur le compte de l’ignorance, telle que définie en première partie de ce post. Si tu souhaites te renseigner et en sortir de l’état d’ignorance et que tu as des difficultés pour trouver des sources de renseignement (Google devrait suffire pourtant), je suis à ta disposition.

Et je considère que je suis en train de communiquer. Je ne suis pas du genre à dire « oui-oui », ni à faire attention à la façon dont je m’exprime pour ne pas heurter les sentiments romantiques de mes interlocuteurs, ni ne passerai mon temps à user de périphrases quand des mots précis existent pour décrire quelque chose ou une attitude. Je te proposerai un exercice de communication. Demande à des enfants mucoviscidosiques, ou à leurs parents si ça les gênerait qu’ils deviennent des OGM à la suite d’une thérapie génique qui leur garantirai 10 ans d’espérance de vie supplémentaire. Communique. Je l’ai fait entre ’94 et ’97 et la réponse était : « Rien à branler (ou quelque chose de plus politiquement correct, qui signifiait la même chose), la question est ‘pour quand ?‘ » (n=22).

Je n’ai vu aucun argument de ta part permettant de soutenir que les hybrides obtenus par sélection sont différents des OGM obtenus par manipulation génique et en quoi. Ton propos est de dire qu’ils sont différents, mais tu n’expliques pas en quoi, en dehors de la technique utilisée. Mon propos est de dire qu’ils ne le sont pas et je pense avoir poser sur la table un certain nombre d’arguments.

Il n’y a aucun doute que l’on puisse nourrir l’ensemble de la population mondiale avec du bio. (Le fait que je suis pro-OGM ne signifie pas que je suis contre l’agriculture biologique) restent plusieurs problèmes à régler dont je ne mentionnerai que deux :

Le transport de denrées alimentaires dans des conditions d’hygiène convenables. Quand je lis que c’est une attitude « verte » que de ne pas proposer à sa table des produits cultivés à plus de 70 km du restau je me demande comment ça serait une autre attitude « verte » que de transporter de quoi nourrir de larges populations. Emission de CO2 ou déchets nucléaires ? Chose your poison.

Les pratiques ancestrales ! Celle-là il y a longtemps qu’on ne me l’avait pas faite. Souscris-tu à toutes les pratiques ancestrales ? Moi non. Par exemple, je suis pro-IVG, même si c’est une pratique eugéniste dans certains cas.


Le commentaire de Nicolas Thierry est un peu plus simple à traiter :

« We feed the World » – je ne l’ai pas vu et je ne peux pas me prononcer de la pertinence quand à sa pertinence dans la comparaison hybrides/OGM, parce qu’il s’agit du sujet, ne l’oublions pas. Y-a-t-il une connexion ? Devrais-je le voir ?

Le gouffre qui nous sépare est effectivement évident.🙂 Voir première partie.

Je ne peux exprimer des doutes que je n’ai pas ! Je peux par contre exprimer des doutes quant au rationalisme de l’approche de Nicolas Thierry.

J’ai lu attentivement l’interview de B. Hervieu. Je n’ai pas vu quoi que ce soit de concret quant à la façon d’aborder le problème de façon holistique. Je garde même le sentiment que c’est une analyse bien centrée sur la France. J’ai retenu deux points pour l’instant :

Disons que je me contente de remarquer qu’il y a du paradoxe dans les deux « camps ». Chez les partisans des OGM, nous rencontrons des expressions d’un scientisme aveugle. Chez les anti-OGM, les expressions sont d’un conservatisme porté par un « discours » du respect de supposées lois de la nature. De là, naissent des gourous qui parlent au nom de la science dans une sorte de « patasse an-épistémologique ». D’où la nécessité, selon-moi, de pousser chacune de nos disciplines scientifiques à argumenter au cœur de ce débat et au cœur des arguments de cette tension…

J’imagine que c’est ce qui pousse NT à me traiter de scientiste🙂 Je profite pour lui retourner le compliment au sujet du respect des supposées lois de la nature, qu’il évoquait en disant : « Vous l’aurez compris, la notion de fécondation est centrale dans ce qui différencie une espèce hybride et une plante transgénique. Le processus de fécondation se déroule par un dialogue entre gènes qui impose de fait le respect de l’organisation du génome », le genre de « patasse an-épistémologique » qu’évoque Hervieu.
Ce qui ne veut pas dire que j’accepte le qualificatif de scientiste pour mon attitude, je demande toujours les références de publication que NT n’a pas fournies (Je pensais qu’avant de se prononcer il aurait au moins lu ça et qu’il disposait d’une copie; apparemment ce n’est pas le cas, et c’est là une des illustrations du gouffre qu’il évoque. Par la même occasion j’ai la réponse à ma question : « a-t-il lu la littérature scientifique relative au sujet ? », heh, non!).
Dans la même citation je me rends compte que Hervieu parle d’un « conservatisme porté par un « discours » du respect… »🙂 Allons, il ne traiterait pas les verts de conservateurs lui aussi ? Faudrait que je cherche s’il n’a pas parlé de la réaction an-épistémologique face aux OGM, ça serait un comble.

Une Réponse

  1. […] connu, que ce soit de l’entraînement sous forme de jeux ou sous forme de critique des légendes urbaines ou des mythologies diverses et variables qui tentent de se faire passer pour des […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :