désir

Des religions que j’ai côtoyé de près ou de loin, le bouddhisme est la moins irritante; je me suis souvent demandé si c’était sa nature déiste qui la rend moins gênante en première instance, un petit peu plus insidieuse. Au bout du compte le bouddhisme, qui souvent passe pour un système philosophique essentiellement, est une religion et peut-être pas la moins contraignante pour le croyant pratiquant.

De la base du bouddhisme, des quatre nobles vérités, je mettrais volontiers les trois à la poubelle la plus proche mais j’en garderais une parce qu’elle me plaît bien : la troisième.

Je n’ai pas constaté que tout soit souffrance. Souvent on confond inconfort et souffrance et dès lors on voit le monde en noir. J’ai eu un lot pas négligeable de bons moments et j’espère en avoir quelques uns de plus. Il m’est ainsi impossible d’accepter la première des nobles vérités pour autre chose qu’illusion de celui qui l’a annoncée. Si tout était souffrance le mot même n’existerait pas, n’ayant pas à s’opposer au bien-être, si tout était souffrance le nirvana bouddhique n’existerait pas.

Le désir est la puissance suprême, qu’il s’agisse du désir d’obtenir quelque chose, ou de faire aboutir un projet ou simplement d’aller faire la sieste ou s’accorder un moment de farniente. Qu’il s’agisse du désir d’ignorer ou de savoir, de vivre ou de mourir. Se défaire de ses désirs pour éviter la souffrance devrait comprendre, si on se défait de tous ses désirs, l’absence de désir pour atteindre le nirvana bouddhique et donc d’observer la voie du milieu.

La justesse est une notion relative, la justice encore plus. La façon d’agir pour quitte le cycle des transformations est une doctrine qui varie d’un interprète à l’autre et d’un milieu à l’autre, suivant ce que la norme du juste est. Suivant les époques et les endroits le juste a varié (et semble vouloir varier) tout autant que l’injuste.

Seul le désir d’apprendre, de comprendre le monde qui nous entoure et définir la place que l’on y occupe me semble être un objectif digne d’intérêt, indépendamment de toute récompense hypothétique de nirvana et ne nécessitant aucune motivation du genre éviter la souffrance de la vie. Comprendre juste pour le plaisir, savoir pour le fun. La troisième noble vérité me semble être le seul éléments à garder de l’enseignement bouddhique, sans se sentir obligé de prendre le bâton (souffrance/enfer) ou la carotte (nirvana/paradis) en considération. Et elle est celle qui rend l’une des quatre autre vérités caduques, puisque la recherche du savoir permet de se passer du besoin de suivre les conseils d’un autre quant à la façon de procéder pour savoir. Que l’on se serve des mémoires de l’espèce est une chose, que l’on soit invité à suivre des règles en est une autre.

Je pense que Sidharta a légèrement loupé le coche, sinon il aurait évolué vers un épicurisme de la meilleure facture.


Reste la troisième vérité, le désir de comprendre le monde, qui a été source de beaucoup de souffrance et d’injustices extrêmes.🙂 Pas en tant que tel, mais surtout pendant l’effort d’imposer aux autres son point de vue. Autant les religions que les idéologies sont des exemples d’interventionnisme auprès des autres avec l’objectif de les convaincre que l’on a raison de croire à ceci ou cela. Et qu’ils doivent embrasser cette croyance pour leur bien et que s’ils ne le font pas spontanément on leur fera rentrer le bon dieu, ou l’envie de devenir bouddha, ou le besoin d’oeuvrer pour le bien du peuple, ou l’obéissance au roi, dans le crâne à coups de gourdin.

Comment gérer cette envie de savoir/comprendre en créant le moins de problèmes possible ? Il ne suffit pas de le vouloir et de ne pas faire des vagues.

Vous êtes tranquillement dans votre petit labo en train de fabriquer un OGM et vous devenez un criminel au yeux d’une partie de la population, qui ne sait même pas pourquoi elle vous gueule dessus, si ce n’est par principe de précaution. Dans un sens.

Ou vous devez subir le non-sens de petits cons qui veulent installer le surnaturel en classe de maths ou de biologie et si vous réagissez en leur signifiant qu’ils racontent des conneries vous êtes le méchant qui leur veut du mal. Dans un autre sens.

Je me demande si la voie du milieu n’est pas simplement un équilibre d’actes dans les deux sens, pour rester sur le fil du funambule qu’est le juste pour le milieu social dans lequel nous évoluons.

Bien sûr, l’autre solution est d’arrêter de respirer de suite pour être certain de ne pas commettre des impairs tout en s’assurant de ne pas faire des choses bien. Ca doit être ce qu’on appellerait perdant-perdant. J’y songe souvent quand je me rend compte du mauvais accueil, individuel ou collectif de l’un ou l’autre de mes actes. Même quand on est contre une minorité et que l’on sent qu’on a raison et que les autres nous disent que nous faisons la bonne chose, il reste toujours un fond d’amertume : de quel droit cherche-t-on à priver les autres de leurs illusions ? Ils les vivent plutôt bien et ils sont peut-être même fières.

Les seuls efforts qui méritent d’être faits sont ceux qui font plaisir à soi -même et qui profitent à quelques autres aussi, en passant, sans qu’il soit nécessaire de s’adapter outre mesure. Ce point de vue pousse vers la discussion publique, vers l’agora, ou par les temps qui courent le Net.


Souvent on me demande si la contestation est mon moteur principal. C’est vrai que le plus souvent je l’ouvre pour contester quelque chose ou quelqu’un. C’est que je déteste les mèmes à la con, comme le purin d’ortie, le cinquième pouvoir, dieu dans l’incertitude quantique, le tout physique de l’évolution biologique, le tout déterminisme génétique du comportement etc.
Ca pollue mon infosphère plus que le CO2 mon atmosphère.

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